Douter de soi. Trembler devant ses succès. Avoir peur d’être découvert.e. Le syndrome de l’imposteur s’invite partout, même là où on pense être légitime. Et si, loin d’être une faiblesse, ce doute était un signe que vous êtes exactement à votre place?

As-tu déjà eu cette étrange impression de n’être pas tout à fait à ta place? Comme si, tôt ou tard, quelqu’un allait toquer à ta porte pour te dire : « C’est fini, on t’a démasqué. Merci pour ta participation. » Non?
As-tu déjà lancé un projet avec la boule au ventre, et une petite voix qui susurre que tu n’en es pas vraiment légitime? Ou encore, plus insidieux, as-tu déjà regardé ton travail en te demandant s’il n’allait pas, un jour, décevoir ceux qui croient en toi?
Si tu as hoché la tête, ne serait-ce qu’une fois, alors il faut qu’on en parle.
Parce que tu n’es pas seul.e.
D’après une étude1 menée par Jaruwan Sakulku et James Alexander, publiée en 2011 dans l’International Journal of Behavioral Science, 70 % des individus expérimentent, au moins une fois dans leur existence, ce malaise intérieur que l’on appelle : le syndrome de l’imposteur (Gravois, 2007).
Comprendre le syndrome de l’imposteur
Ce sentiment dont on parle n’est ni une lubie moderne, ni un effet de mode passager. C’est plus subtil que ça. C’est un colocataire envahissant. Il se faufile dans les recoins de nos certitudes, se glisse dans le moindre doute, s’invite pile au moment où on s’apprête à oser. Mais d’où vient-il, au juste?
Le syndrome de l’imposteur a été identifié pour la première fois à la fin des années 70 par deux psychologues américaines, Pauline Clance et Suzanne Imes. Au départ, elles l’ont observé chez des femmes brillantes, accomplies, mais rongées par une sensation étrange : celle de ne jamais se sentir à la hauteur. Comme si leurs succès n’étaient que des coups de chance.
Pauline Clance a donné un nom à ce malaise. Elle parlait d’une expérience intérieure de fausseté intellectuelle. Pas une maladie, non. Pas une pathologie grave. Plutôt un brouillard qui empêche d’accepter ses réussites pour ce qu’elles sont.
D’après l’étude de Sakulku et Alexander (2011), les personnes touchées vivent un mélange subtil de doute persistant, d’anxiété, et d’une tendance à minimiser leurs succès. Ce n’est pas qu’elles échouent. C’est qu’elles refusent d’interpréter leurs réussites comme des preuves de leurs compétences. Pour mieux comprendre, Clance (1985) a même décrit les six visages que peut prendre ce syndrome :
- Le cycle de l’imposteur
- Le besoin d’être spécial.e ou d’être le.la meilleur.e
- Le syndrome du super-héros/de la super-héroïne (le perfectionnisme)
- La peur de l’échec
- Le déni de compétence et le rejet des compliments
- La peur et la culpabilité liée au succès
Chacun.e d’entre nous peut porter deux de ces traits, ou parfois un peu plus. Mais le cœur du syndrome reste toujours le même : un regard biaisé qui nous fait croire que nos réussites ne sont jamais vraiment les nôtres.
Le doute au creux de l’été
Laisse-moi te raconter une histoire. Pas celle d’un créatif de génie. Mais, une histoire beaucoup plus simple. La mienne. Ou peut-être aussi la tienne.
Été 2022.
J’avais décidé de lever le pied. Plus de travail. Juste du temps pour moi. Alors, je me suis inscrit à une formation en marketing digital chez Google. En parallèle, j’avais ce vieux rêve jamais assumé : progresser en photographie. J’ai appelé Michael Willems, photographe aguerri et professeur au Collège Algonquin. Il a accepté de m’accompagner.
Je passais mes après-midis à capter des scènes banales, une lumière qui glisse sur un mur, un regard volé à l’improviste. Petit à petit, je collectionnais des images. Certaines étaient même… bonnes. Mais jamais je n’aurais osé dire que je suis photographe. Encore moins imaginer monétiser cette compétence… jusqu’à ce que mes proches, à force d’engueulades, me forcent à y penser.
Chaque fois qu’une opportunité se pointait, je reculais d’un pas. Pas par manque d’envie. Par cette vieille peur familière que l’on connaît trop bien : « Et si on découvrait que je ne suis pas aussi bon que je le laisse paraître? »
Je croyais que ce sentiment était unique à moi.
Presque honteux.
Et puis, la semaine dernière, par hasard, je suis tombé sur une interview de Stephen Curry. Oui, Chef Curry — quadruple champion NBA, deux fois MVP, meilleur tireur à trois points de l’histoire du basket. Une légende vivante.
Et tu sais ce qu’il a dit ?
Il m’arrive d’avoir des doutes sur moi-même, de ressentir parfois le syndrome de l’imposteur.
Quand les géants doutent
Curry explique qu’il doute régulièrement de sa place, de sa légitimité, malgré ses titres, ses records, ses trophées, d’être un bon père, un bon mari. Il reconnaît que ce doute est parfois difficile à gérer, même pour lui.
Et là, tout s’éclaire.
Si un champion d’élite, au sommet de son art, peut se sentir comme un intrus dans sa propre réussite… alors comment pourrait-on croire que ce sentiment est un signe de faiblesse?
Si même Stephen Curry, avec tout ce qu’il incarne, peut être visité par ce petit locataire intérieur… Qu’est-ce que ça dit de nous?
De toi?
De moi?
Peut-être que le doute n’est pas une preuve d’illégitimité.
Peut-être qu’il est juste… une preuve d’humanité.
Ce compagnon mal compris
À bien y réfléchir, le doute n’est pas un ennemi en soi. René Descartes, ce vieil ami philosophe du XVIIᵉ siècle, voyait dans le doute une force.
Ce qu’il appelait le doute cartésien, ce n’était pas le doute qui paralyse. C’était celui qui éclaire. Celui qui pousse à se remettre en question, à creuser plus loin, à chercher des fondations solides.
Cogito, ergo sum.
Et si le doute qui nous étreint parfois était justement ce doute-là?
Le syndrome de l’imposteur, vu sous cet angle, cesse d’être un poids. Il devient un indicateur que l’on n’a pas renoncé à progresser, à mériter, à comprendre ce que l’on construit.
Parce que, soyons honnêtes : les véritables imposteurs ne doutent jamais. Ils foncent tête baissée, persuadés de tout savoir.
Toi, tu doutes?
Alors tu es vivant.e, conscient.e, créatif.ve.
Références:
- Jaruwan Sakulku, James Alexander. (2011). The Impostor Phenomenon. The Journal of Behavioral Science, 6(1), 75–97. https://doi.org/10.14456/ijbs.2011.6 ↩︎